France – Maroc : Quand le Maroc joue à domicile … à Saint Denis !
Vendredi Soir a eu lieu le match amical entre la France et le Maroc au stade de France. Encore une fois, nous avons observé les comportements habituels de la part de français issus de l’immigration qui ont sifflé la marseillaise.
Cette réaction n’est pas étonnante pour plusieurs raisons. Comme je l’ai écrit dans mon article précédent, ce sont des jeunes qui en France, ne se sentent pas français parce qu’ils sont exclus socialement. Et en Tunisie (ou au Maroc), ils ne se sentent pas non plus maghrébins.
Dans les travées du stade, il y avait clairement déséquilibre entre la frange de supporters marocains et les supporters français. Le stade était en majorité rouge.
Ceci est dû à l’importance de l’enjeu : c’est un match amical pour l’équipe de France. De plus, les supporters de l’équipe de France n’ont pu se rendre au match à cause des grèves. Les fans des bleus se sont demandé « quel est l’intérêt d’aller voir ce match amical avec les grèves ? » Et de toute façon, nous y arriverons fatigués après cette semaine de conflits sociaux, donc, on l’observera à la télévision.
Or, les immigrés marocains (les parents, les grands parents …) qui vivent à Saint Denis, ou même loin du stade, ne voient jamais leur équipe nationale marocaine. C’était l’occasion idéale pour eux d’y aller et de profiter de ce match. C’est tellement rare de toucher des symboles de leurs pays si près de chez eux : il fallait y aller. C’était une question de vie ou de mort : mon pays me manque, je ne vais pas laisser passer ce moment historique de voir mon vrai pays affronter le pays d’accueil.
Ces immigrés vivent en France mais ils ont travaillé dans des métiers difficiles et ils n’ont pas la reconnaissance qu’ils méritent de la part d’un pays qui les a certes accueillis mais qui les a parqués dans des cités dortoirs. Donc, il y avait certainement chez eux un esprit de revanche.
L’enjeu est capital : la France nous a humiliés toute notre vie, c’est le moment ou jamais de répliquer et de les humilier chez eux. Or ce n’est pas tout à fait le cas, la France les a accueillis quand même, et leur a permis de vivre mieux que dans leur pays d’origine, sinon ils seraient rentrés.
Donc, cet esprit de vengeance, dont les raisons anthropologiques peuvent remonter jusqu’à la colonisation, a été transmis aux jeunes générations qui n’en attendaient pas plus, puisque l’humiliation, ils la vivent au quotidien (contrôle de police fréquent, regard inquisiteur, désengagement de l’état dans les banlieues …). Du coup, ils ont suivi leurs aînés au stade.
La sagesse du vieil homme maghrébin me pousse à croire que ce n’est pas lui qui a sifflé la marseillaise : ce sont leurs enfants ou petits enfants. Car si on réécoute l’hymne marocain, il a été chanté par les supporters, donc les immigrés (car les jeunes français ne connaissent pas l’arabe).
Et quand il y a eu l’hymne français, instinctivement, ces jeunes l’ont sifflé. Réaction irrespectueuse envers la France mais surtout envers les petits enfants tout contents d’être là qui ont fait l’effort d’apprendre l’hymne marocain en arabe !!! Bien évidemment, siffler l'hymne de l'équipe adverse fait partie du jeu. S’il n’y a eu que les immigrés marocains qui ont sifflé, ça aurait été logique et la polémique n'aurait pas eu lieu d'être. Or, ce sont des français qui ont sifflé l'hymne français …
Mais on peut aller plus loin : ces jeunes ne se sentent ni français, ni maghrébins -même si Vendredi soir on a cru qu’ils se sentaient maghrébins-.

Et pourtant, on a cru comme le montre cette image, que ces jeunes vont se reconnaitre dans des joueurs de foot comme Thuram ou Nasri. Ils sont plus proches d'eux que le joueur marocain. Et pourtant, le joueur marocain ressemble plus à leur père : donc, on le respecte plus que le joueur français.
Ils se font stigmatisés des deux côtés : en Tunisie par exemple, on les appelle péjorativement « Zimigri » (immigrés). Les familles tunisiennes qui sont restées en Tunisie et qui n’ont pu émigrer comme leurs homologues, ne supportent pas la supposée réussite de la famille émigrée. Dans chaque famille tunisienne, il y au moins un oncle, un cousin ou un frère qui est parti en France. Il vit certes dans des conditions moyennes voire inférieures à la population française, mais quand il rentre l’été, il fait tout pour faire passer ces conditions comme une réussite.
Il achète donc une voiture avant de rentrer en se saignant à blanc pour montrer sa réussite sociale en France alors qu’il n’est qu’en bas de l’échelle. Du coup, il fait vivre ce mythe trompeur que sans diplôme, en France, on vit dans d’excellentes conditions. C’est certes mieux que la Tunisie, mais pas non plus extraordinaire.
Tout ça pour dire qu’ils ont sifflé l’hymne français non pas pour encourager le Maroc mais pour bel et bien pour insulter la France. Ils donnaient ainsi l’impression qu’ils étaient pour leurs pays d’origine mais c’est faux.
Car, j’ai en mémoire l’exemple de l’équipe de Tunisie qui avaient perdu à la CAN2006 dès les quarts de finale. Les réactions de ces jeunes dans les forums de foot tunisien n’étaient pas les habituelles condamnations de la tactique de l’entraineur (Sacré Roger Lemerre …) mais une remise en cause de tout le « bled » !
Quand ce « bled » gagne, on en fait partie. Quand il perd, on le lynche puisque de toute façon, ils n’y appartiennent plus. Donc soyez sûr que si le Maroc s’était pris une branlée 4-0, ces jeunes les auraient sifflés.
Cette analyse ne concerne que ceux qui ont sifflé, je voudrais préciser que la majorité des jeunes de banlieues ne sont pas ainsi. Il y en a qui ont trouvé leurs identités, espérons qu’ils puissent en faire profiter la minorité active qui, elle, tarde à trouver la sienne.
Pour conclure, ce sentiment de vengeance n’a pas été atténué par des footballeurs venant des mêmes cités. Dès qu’il s’agit de leur identité, ces jeunes prennent ce qui est positif : la France quand elle gagne la CM98, la Tunisie quand elle gagne la CAN2004, le Maroc quand il joue à Saint Denis…
Par contre, ils rejettent le négatif : La France quand elle perd en 2002, la Tunisie quand elle perd en 2006 et certainement le Maroc s’il perd la CAN 2008.
Mais bon, toute cette explication peut paraître trop poussée pour un match de foot, voir même à côté de la plaque parce que je n'étais pas au stade. C'est juste mon analyse personnelle qui est peut être complètement fausse…
[MàJ] Le Canard Enchaîné (le meilleur journal actuellement!) a apporté des précisions intéressantes qui confirment un peu cette note. En effet, les supporters marocains et les jeunes générations n'ont sifflé que les joueurs … non musulmans !! C'est un comble qui me pousse à être encore plus pessimiste. Du coup, la réaction de l'entrée dans une église semble anecdotique par rapport à autant d'intolérance. Le pire dans tout ça c'est le silence de tous les médias qui veulent nous imposer une pensée unique : Non, en France, le racisme anti blanc n'existe pas et surtout pas de la part de jeunes musulmans des quartiers … C'est de notre devoir, la génération d'immigrés diplômés, de dénoncer tous les racismes y compris le racisme anti blanc. Si on arrive à dialoguer avec ces jeunes, ça serait pas mal. Mais c'est pas facile …
November 23rd, 2007 at 1:57 am
Bonjour.
Je voudrais faire quelques précisions à propos de cette note.
D’abord ce comportement ne concerne, comme d’habitude qu’une minorité ; mais on ne parle que de la minorité qui siffle un hymne, qui brûle des voitures, qui passe ses journées le cul sur un banc à rien faire, …
Pendant ce temps là les gens respectueux et honnêtes, ceux qui travaillent, … on n’en parle jamais car ils sont invisibles, car ils sont occupés, ….
Il faut toujours aussi qu’on fasse passer ces jeunes pour des victimes relatives. certes ils n’ont pas toujours la vie simple mais la vie n’est simple pour personne en banlieue… mais il est assez blessant de réduire systématiquement la banlieue à l’immigration, à la pauvreté, à la délinquance, … certains avaient volontairement mal interprété des paroles d’un ex-ministre de l’Intérieur… mais finalement tout le monde reproduit plus ou moins des schémas similaires sans pour autant s’en offusquer. On pose assez souvent des équations du genre banlieusard = jeune = immigré = opprimé, … c’est pénible vraiment de ne pas pouvoir sortir de ce genre de choses.
Faut-il rappeler que la banlieue, pour ne parler que de celle de Paris est peuplée de 8 millions de personnes dont la majorité ne sont pas des immigrés, ne sont pas des maghrébins, ne sont pas tous des jeunes de moins de 20 ans, que tous ne sont pas au seuil de la pauvreté mais appartiennent plutôt aux classes moyennes, que les enfants banlieusards, qu’ils soient immigrés ou non, peuvent par exemple accéder pour une bonne partie aux études universitaires. Rappelons aussi que la banlieue de Paris s’étend sur plusieurs dizaines de kilomètres, qu’elle se compose d’immeubles (tours ou barres) mais aussi de grandes zones pavillonnaires, qu’il y a en banlieue aussi des zones d’habitations relativement aisée, mais aussi des champs, … bref tout un environnement et un monde dont la subtilité échappe à la plupart des analyses.
Je voudrais aussi rappeler que la France n’a pas parqué les immigrés dans les cités. La France, qui était en grave pénurie de logements après la guerre, a construit souvent dans l’urgence des habitations à loyers modérés sous la forme la plus économique, c’est-à-dire des immeubles dans des secteurs plus ou moins vierges d’urbanisation ; en cela elle a agi comme bon nombre de pays et pourquoi ne pas songer aussi à la Tunisie par exemple ?! Ce phénomène de concentration de l’habitat est bien motivé par les mêmes réalités socio-économiques, par les mêmes volontés de développement, …. Personne n’est obligé de s’installer dans ces cités dans l’absolu ; on y vient par nécessité, parce qu’on y trouve en particulier le niveau de loyer le plus économique, parce qu’on y trouve des logements disponibles plus qu’ailleurs… on y vient aussi parce que, dans le processus d’assimilation, l’immigré passe par une première étape où il recherche la compagnie des gens qui lui ressemblent, où il a besoin de faire jouer les liens de la solidarité, de recomposer une forme d’organisation sociale aussi proche que possible de celle qu’il vient de quitter ; par la suite, quand il a gagné un peu en aisance, quand il a commencé à se laisser pénétrer par certains traits socio-culturels locaux, il devient plus individualiste et c’est là souvent qu’il va penser à s’installer ailleurs, tant parce que ses moyens lui permettent de songer à cela que parce que mentalement il se sent moins lié à un groupe qui trouve logiquement sa place dans des zones d’habitats concentrés. Il serait bon aussi de penser que de nombreux Français de souche ont bénéficié et bénéficient également de ce type de logement concentré. Ce qui est jugé infâme par certains, voire comme une forme de mépris dirigé spécialement contre les immigrés, des Français de souche l’ont reçu avec une certaine satisfaction même si on peut évidemment toujours rêver de mieux qu’un appartement dans une tour ou une barre ou encore un pavillon serré contre d’autres… il faut bien voir aussi qu’on assiste depuis pas mal d’années déjà maintenant à un investissement de zones pavillonnaires par des immigrés… et même dans des petites villes de province ou dans des zones semi-rurales ; certains immigrés, dès qu’ils ont un peu d’argent, changent de secteur pour avoir plus de place, parce que l’endroit où ils étaient ne les satisfait plus, … bref chacun bouge en fonction de ses moyens et de ses aspirations. C’est dans la logique du développement social des immigrés. On dirait qu’il faudrait que les gens qui arrivent soient directement des cadres bien payés et logés dans de belles maisons, … ben non il y a un certain processus qui se produit et cela a d’ailleurs été pareil pour d’autres vagues d’immigration plus anciennes mais cela on semble l’oublier de nos jours où le règne de la facilité nous rend si exigeant et impatient.
On oublie aussi qu’il y avait de grands bidonvilles en France, occupés tant par des Français de souche que par des immigrés, jusque dans les années 1970… être “parqué” (pour reprendre ce terme qui me semble inexact) dans un immeuble à loyer modéré était donc déjà une chance ! Il y a comment dire… une perte totale de repères par certains… on ne se rend même plus compte de la chance relative que l’on a, de l’évolution significative de la qualité de la vie en dépit des problèmes qui demeurent ; on formule des exigences pour le moins déplacées, des plaintes assez écoeurantes par rapport à des personnes plus dans le besoin que nous, que ce soit sur place ou à l’étranger.
Beaucoup de ces jeunes qui se sentent rejetés n’ont même pas conscience de la chance qu’ils ont d’avoir l’éducation obligatoire jusqu’à 16 ans, des aides sociales pour leurs parents, un système de santé très généreux. Rien n’est trop beau pour certains qui se complaisent dans leur position d’éternelles victimes. au passage ceux qui galèrent vraiment, ceux qui ont vraiment galérés, ce ne sont pas ces jeunes mais plutôt leurs parents ! La vie n’est pas simple pour les jeunes de banlieue mais c’est certain que si on ne se retrousse pas les manches on n’a rien ; si on ne fait pas l’effort d’apprendre quelque chose, un métier manuel ou de poursuivre des études universitaires, on n’a rien. Certains ne semblent pas l’avoir réalisé ; ce sont eux qui se plaignent ; ce sont eux dont on parle et qu’on érige en modèle type du banlieusard français.
Pour ce qui est du racisme, il repose parfois sur de réels problèmes mais parfois aussi sur des simples sentiments d’oppression. Si quelqu’un est désagréable avec nous, on réagira différemment à une seule et même situation selon qu’on est français de souche ou immigré ; le français de souche dira que le gars était désagréable ; l’immigré dira pour la même situation que le gars est raciste. Et c’est selon le même processus que l’immigré n’aura souvent que le sentiment d’être une victime, dans la droite lignée de son statut d’ancienne victime du colonialisme, alors qu’on sait très bien que le racisme existe entre immigrés, en particulier entre maghrébins et africains noirs, mais aussi parfois en direction des français de souche. C’est un peu comme pour cette idée qu’on opprimerait les immigrés en les regroupant dans des quartiers… on analyse les choses et on réagit en fonction de ce que l’on est ; on ne cherche pas à se détacher souvent de ce que l’on est pour essayer de voir s’il y a d’autres façons de percevoir un seul et même phénomène. Résultat : on se regarde le nombril, on se sent opprimé par tel ou tel, on se méfie et on se replie sur soi… et de là naît la xénophobie qui est la peur de l’Autre. C’est vrai que le racisme c’est un mot confortable finalement parce qu’on le voit toujours sous l’angle d’un rapport post-colonial… mais ce racisme relève plutôt en vérité de la xénophobie et dans ce registre-là, cette peur de l’Autre par ignorance de ce qu’il est, tout le monde où presque en est atteint, y compris ceux qui se disent victimes et qui sont pourtant les premiers à reproduire avec d’autres les mêmes schémas.
Ce serait bien effectivement que les jeunes banlieusards diplômés, immigrés ou non, parlent un peu plus de leur banlieue… donnent une image un peu différente de celle que l’on renvoie généralement et incitent notamment ceux qui voient tout en noir à aller de l’avant.